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Chanson d'après midi

Quoique tes sourcils méchants




Te donnent un air étrange




Qui n'est pas celui d'un ange,




Sorcière aux yeux alléchants,







Je t'adore, ô ma frivole,




Ma terrible passion !




Avec la dévotion




Du prêtre pour son idole.







Le désert et la forêt




Embaument tes tresses rudes,




Ta tête a les attitudes




De l'énigme et du secret.







Sur ta chair le parfum rôde




Comme autour d'un encensoir ;




Tu charmes comme le soir,




Nymphe ténébreuse et chaude.







Ah ! les philtres les plus forts




Ne valent pas ta paresse,




Et tu connais la caresse




Qui fait revivre les morts !







Tes hanches sont amoureuses




De ton dos et de tes seins,




Et tu ravis les coussins




Par tes poses langoureuses.







Quelquefois, pour apaiser




Ta rage mystérieuse,




Tu prodigues, sérieuse,




La morsure et le baiser ;







Tu me déchires, ma brune,




Avec un rire moqueur,




Et puis tu mets sur mon cœur




Ton œil doux comme la lune.







Sous tes souliers de satin,




Sous tes charmants pieds de soie,




Moi, je mets ma grande joie,




Mon génie et mon destin,







Mon âme par toi guérie,




Par toi, lumière et couleur !




Explosion de chaleur




Dans ma noire Sibérie !




 
















Les fleurs du mal (extrait)




Charles BAUDELAIRE (1821 - 1867)



 



photo : Anna Grecka

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