• Vous me ferez cent lignes...




    Dans le temps, avant les ordinateurs, avant les stylo feutres même, on disait "tu me feras cent lignes". Aujourd'hui, tu as décidé de te faire instituteur.


    Tu as gardé les cent (à moi de les compter).


    Tu as gardé les lignes (à toi de les dessiner).


    La suite nous dira comment et pourquoi tu as souhaiter rajouter quelques signes de ponctuation à cette page qui n'était pourtant plus blanche depuis longtemps, depuis tes premiers assauts.


    Tout avait commencé de la plus délicieuse manière. Tu m'avais enveloppée dans tes bras, serrée, avant de soulever ma longue robe de laine d'un geste sec et furibard. Fesses nues j'étais pourtant, mais le froid et l'humidité d'un automne trop précoce dans un appartement pas encore chauffée m'avaient obligé à un collant de laine. Je me doutais que cela me vaudrait une fessée, une de ces râclées sonnantes que j'affectionne, qui me rassurent, qui m'excitent, qui m'enveloppent, qui me rendent si femme tout en me projetant en enfance, qui me rendent si animale et tellement humaine à la fois. De ta main nue à mon cul, c'est une farandole sensuelle de sons, de chaleur, de plaisir, de douleur. J'aime le premier coup comme j'aime la dernière caresse, et je pourrais passer des heures à subir ce flamboyant tourment.


    Cette fessée particulièrement mémorable parce que longue et écarlate n'a fait que retarder le moment où tu m'a offert ce livre. Tu l'avais choisi pour moi, nous en avions parlé ensemble, mais je l'avais oublié.


    Comme nous l'avons fait une fois déjà, tu m'as demandé de lire un passage dont tu avais marqué les pages. Je le découvrais en même temps que je le lisais. La position était excitante, croupe levée, sexe offert, tes coups et tes caresses cinglants et émouvants. Mon ton, ma respiration, mon phrasé, mon scandé, suivaient le rythme que tu leur insufflaient avec tes traitements. J'étais l'actrice de tes désirs, sans même m'en rendre compte. Et le texte, qui correspondait tellement à ce que j'étais en train de vivre, et qui me donnait des ailes. Des ailes telles que n'écoutant que mon con (implorant) au lieu de ton son (menaçant), j'ai laissé tomber la lecture pour me donner le dernier coup de pouce (en fait l'index et le majeur réunis) à un plaisir qui ne demandait qu'à jaillir. J'ai joui, comme une étoile de mer, des membres partout, avant de me rouler en boule pour enfermer un peu cette jouissance, l'emprisonner dans mon corps, ne pas la laisser devenir souvenir trop vite.


    As-tu été ému par mon orgasme ? Tu ne l'as pas laissé voir. Saisissant les liens et mes chevilles, tu m'as laissée dans la même position, mais tu y as attaché mes poignets. Puis tu a fais de même avec mon buste collé contre mes cuisses. Tu as posé un genoux sur mes reins pour me forcer à cambrer. Et puis, la cravache dans une main et ton pied sur ma nuque, tu as exigé que je compte chacun des coups, jusqu'à cent.


    Quand après un temps qui m'a paru une éternité, quand ma lune n'avait plus rien d'une pleine pâleur mais de collines rougeoyantes jusque dans la nuit qui avait envahi l'appartement, quand j'ai cru que je pourrais enfin échapper à ta punition (un mot qui double le plaisir de la douleur), tu as trouvé que toutes ces lignes manquaient de taches et de panache.


    Alors, avec la boucle de ta ceinture, dans mes gémissements, tu as signé cette toile qui t'appartient. Et en suzerain, tu y as enfoncé l'épée.


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