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    Baiser! rose trémière au jardin des caresses!
    Vif accompagnement sur le clavier des dents
    Des doux refrains qu'Amour chante en les coeurs ardents
    Avec sa voix d'archange aux langueurs charmeresses!

    Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser!
    Volupté non pareille, ivresse inénarrable!
    Salut! l'homme, penché sur ta coupe adorable,
    S'y grise d'un bonheur qu'il ne sait épuiser.

    Comme le vin du Rhin et comme la musique,
    Tu consoles et tu berces, et le chagrin
    Expire avec la moue en ton pli purpurin...
    Qu'un plus grand, Goethe ou Will, te dresse un vers classique :

    Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,
    T'offrir que ce bouquet de strophes enfantines :
    Sois bénin, et pour prix, sur les lèvres mutines
    D'Une que je connais, Baiser, descends, et ris.


     


    Paul Verlaine


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    La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,



    Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,



    Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur



    Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.





    Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,



    Ce monde rayonnant de métal et de pierre



    Me ravit en extase, et j'aime à la fureur



    Les choses où le son se mêle à la lumière.





    Elle était donc couchée et se laissait aimer,



    Et du haut du divan elle souriait d'aise



    À mon amour profond et doux comme la mer,



    Qui vers elle montait comme vers sa falaise.





    Les yeux fixés sur moi comme un tigre dompté,



    D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,



    Et la candeur unie à la lubricité



    Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;





    Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,



    Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,



    Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;



    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,





    S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,



    Pour troubler le repos où mon âme était mise,



    Et pour la déranger du rocher de cristal



    Où, calme et solitaire, elle s'était assise.





    Je croyais voir unis par un nouveau dessin



    Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,



    Tant sa taille faisait ressortir son bassin.



    Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !





     Et la lampe s'étant résignée à mourir,



    Comme le foyer seul illuminait la chambre,



    Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,



    Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !


     


    Charles Baudelaire


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  • La paix
    comme
    un lac sans vent
    une chute dans la neige
    un goût de pêche
    une très vieille montagne
    un ronron de chat
    une goutte de lait
    un sourire de bébé
    le doux
    des mots
    doux
    le bon
    le rond
    le pain


    La paix
    comme
    de l'heureux


    Cécile Cloutier


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  • Ta tête contre moi repose
    Et tendrement je compose
    Dans mon coeur une mélodie
    Qui doit venir du paradis


    Dans le silence de la nuit
    Je pense pendant mon insomnie
    Un vent nocturne passe sur ton front
    Une mèche lui fait affront


    Regardabt tes paupières baissées
    Soudain je me sens délaissée
    J'esquisse un sourire sans témoin
    Tandis qu'une bête geint au loin


    Je suis émue de tes baisers
    Je me sens toute apaisée
    Epuisée par la tempête
    Dont tous deux avons fait la quête


    Et celle-ci fut parfaite
    Car notre couche est défaite
    Pas un murmure au-dehors
    Alors que paraît l'aurore


    J'ai hâte de revoir tes yeux
    D'abord étonnés et curieux
    Embrumés de rêves au reveil
    Dors encore mon amour, je te veille.


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  • Bien loin il y a Uranus
    Je regarde le ciel plein d'étoiles
    Brillantes dans la nuit sans voile.
    Près de moi, il y a mon chat
    Et prénommé Plutus,
    Le donneur de fortune,
    Qui ne m'a pas donné
    La moindre petite thune
    Ni même un peu de blé.
    De son regard oblique,
    Il m'observe, angélique.
    Sa fourrure se retrousse.
    Sous ma main, Plutus se trémousse,
    S'étire en baillant, ronronne.
    Doucement il se pelotonne.
    Lointaine, une cloche résonne.


    Bien loin il y a Uranus
    Je regarde le ciel plein d'étoiles
    Brillantes dans la nuit sans voile.
    Je suis seule auprés de mon chat
    Et partout sur la terre,
    Il éclate des guerres,
    Dues à des folles chimères.
    Oui l'homme crée son enfer,
    Car à chaque instant
    Il se trouve mécontent
    Trop souvent de son sort
    Alors il fait des morts.
    Toute cette humanité
    Ne désirant que le pouvoir,
    Elle ne cesse que de vouloir
    Et surtout de réclamer.


    Bien loin il y a Uranus
    Je regarde le ciel plein d'étoiles
    Brillantes dans la nuit sans voile.
    Je suis seule auprès de mon chat
    Tous les peuples s'enchainent
    Ils hurlent et se déchainent,
    Dans leurs regards la haine.
    Hélas l'homme n'est pas bon.
    Même s'il est noir ou blond.
    Il est plein de vengeance
    Et chargé de violence.
    Danc un chaos immense
    La terre a les idées confuses
    Et partout le mal se diffuse
    L'atmosphère a un goût amer
    Des relents de poudre meurtrière
    Il faut tirer l'alarme
    Détruire toutes ces armes
    QUi font votre admiration
    vos têtes sont à leur invention
    Dans une énorme fascination
    Il faut cesser vos exactions.


    Bien loin il y a Uranus
    Je regarde le ciel plein d'étoiles
    Brillantes dans la nuit sans voile.
    Je suis seule auprès de mon chat.
    Je suis sans importance
    J'ai peu de connaissances.
    Enfin j'ai une nausée
    De tous ces maux couvés
    Dans un monde implacable
    Dont la fin est inéluctable.
    Je suis sans influence
    Sans aucune assistance.
    Bien sûr j'aboie dans le désert
    D'un monde qui marche en arrière.


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